BY ANTHONY BOULANGER
TRANSLATED FROM FRENCH BY ANTHONY BOULANGER
Tomorrow, in Chicxulub
The networks are talking about nothing else, of course. Tomorrow, the meteor will strike. Tomorrow, at precisely 9:42 p.m., in Chicxulub, scientists are certain. No one is working, no one is sleeping, no one is dying. Everyone is waiting for the disaster coming from deep within the solar system. Men and women are celebrating their last hours with mourning, drugs, and sex. Children and newborns are spared. They are the seeds of hope for a civilization that is brilliant beyond words but powerless in the face of the coming cataclysm, and they have been planted elsewhere.
Rugops disconnects from the networks to take in this world, ignoring the sky that will soon kill billions of lives. He feels his memories and thoughts clumping together to form a coherent whole, but he tries to escape them. After a few seconds, he gives up. Like tomorrow’s meteor, the images are relentless.
He thinks of his first brood, now sent into space, in the crazy hope that it will find another planet to colonize even though the technology for space conquest is untested. After thousands of years of contemplative philosophy and arts, Rugops and his people turned to the stars too late.
Perhaps the second litter, if it survives, will not make the same mistakes. It is locked away several hundred meters below ground, in a shelter that should withstand the impact and ensure autonomy for a few millennia, until the dust winter ends and the surface can be reclaimed.
Finally, the third litter comes to his mind as he sees a bird landing on the branches of a nearby palm tree. This litter has been subjected to an extreme experiment, and it will take millions of years for its descendants to recover and raise their future civilization to the level of Rugops. But no matter, life goes on, and they will find the remains that the meteor has spared.
Rugops chatters his teeth and lies down in the grass. When the meteor appears on the horizon a few hours before impact, he will be the first dinosaur of his people to see it and curse it.
Demain, à Chicxulub
Les réseaux ne parlent que de ça, évidemment. Demain, le météore s’écrasera. Demain, à 21h42 très précisément, à Chicxulub, les scientifiques sont formels. Plus personne ne travaille, plus personne ne dort, plus personne ne meurt. Tous sont dans l’attente du fléau venu du profond du système solaire. Les hommes et les femmes célèbrent leurs dernières heures, par le deuil, la drogue, le sexe. Les enfants et les nouveau-nés sont épargnés. Ils sont les graines d’espoir d’une civilisation brillante au-delà des mots mais impuissante face au cataclysme à venir et ils ont été plantés ailleurs.
Rugops se déconnecte des réseaux pour embrasser du regard ce monde, ignorant le ciel bientôt meurtrier de milliards de vie. Il sent ses souvenirs et ses pensées s’agglomérer pour former un tout cohérent, mais il cherche à leur échapper. Après quelques secondes, il abandonne. Tout comme le météore demain, les images sont implacables.
Il songe à sa première portée, aujourd’hui envoyée dans l’espace, dans l’espoir fou qu’elle rencontrera une autre planète à coloniser, bien que la technologie de conquête spatiale soit non éprouvée. Après des milliers d’années de philosophie contemplative et d’arts, Rugops et son peuple se sont tournés trop tard vers les étoiles.
Peut-être que la seconde portée, si elle survit, ne refera pas les mêmes erreurs. Elle est enfermée à plusieurs centaines de mètres sous le sol, dans un abri qui devrait résister à l’impact et assurer une autonomie pendant quelques millénaires, le temps que l’hiver de poussière s’achève et permette de reconquérir la surface.
Enfin, il y a la troisième portée, songe-t-il en apercevant un oiseau se poser sur les branches du palmier voisin. Celle-ci a été soumise à une expérience extrême, et il faudra des millions d’années pour que ses descendants ne s’en remettent et ne hissent leur future civilisation à la hauteur de celle de Rugops. Mais peu importe, la vie continue et ils retrouveront les vestiges que le météore aura épargné.
Rugops claque des dents et s’allonge dans l’herbe. Lorsque le météore pointe sa proue, quelques heures avant l’impact, il sera le premier dinosaure de son peuple à le voir et le maudire.
